L'Inde.

« J'ai fait l'expérience de l'Inde » écrivait Moravia dans Une certaine idée de l'Inde, nous avons fait la nôtre.


L'Inde est un pauvre pays riche. Les classes aisées exposées fièrement dans les médias internationaux ne sont que la vitrine luisante qui cache la partie immergée de l'iceberg. Les rues grouillent de ces millions de « ventres creux » exploités sans vergogne par leurs compatriotes qui, eux se sont trouvés une place sur l’échiquier mondial. Rongée par la corruption, cette superpuissance en devenir semble capable de tout pour dominer le monde, au détriment de son peuple, des valeurs humaines et de sa beauté intérieure.
L'Inde est une mosaïque. Elle compose avec de nombreuses cultures, langues, religions, coutumes qui font d'elle une exception dans le monde. Face à une occidentalisation du monde, l'Inde résiste grâce à une spiritualité sans faille, une très forte culture et des milliers d'années d'histoire encrés dans le présent.
L'Inde est un peuple. Cette masse grandissante d'1,2 milliards d'habitants est dotée d'une volonté sans borne, d'une résistance à toute épreuve et accepte sa condition avec résignation. Restera-t-il une place pour l'être humain dans l'effrayante machine indienne ?
Enfin, l'Inde est une carte postale. Malgré une pollution omniprésente, elle recèle certains des plus beaux sites au monde. Tour à tour, les civilisations hindoue, puis moghole et enfin sikh ont érigé temples, palais et mausolées d'une beauté mystique et envoûtante. A l'écart des villes, l'Inde a pris conscience des trésors que renferment ses parcs naturels et commence à les préserver. Les tigres, éléphants et oiseaux migrateurs peuvent s'attendre à des jours meilleurs.


Une confrontation avec un tel pays permet de franchir un cap. D'un point de vue purement pratique, nous avons appris à gérer l'arrivée en terre inconnue, à prévoir, à organiser, à rester prudents en toute circonstance en faisant confiance à nos intuitions. Notre plus grosse erreur à été la taille et le poids de nos sacs à dos. Le recours inévitable à la négociation nous a transformé en maîtres de cet art.
Au gré de nos rencontres, nous avons pris du recul sur nos passés, nos vies, notre société ; sur nous-mêmes, nos besoins, nos envies, nos comportements, dans un but constant de développer une plus grande tolérance. Nos questionnements nous ont mené vers des horizons inattendus qui repoussent toujours plus loin nos certitudes.


26, 27 février

De toutes les religions croisées en Inde, le Sikhisme nous a agréablement interpellé par sa tolérance et sa générosité. C'est donc sa capitale qui constituera notre dernière étape. Amritsar abrite le grand temple sacré, la Mecque des sikhs : le Temple d'or. Toutes les religions sont les bienvenues dans cet havre de paix. 
 
A 30 kilomètres de là, un spectacle singulier se déroule chaque fin d'après-midi à la frontière indo-pakistanaise. La relève de la garde réunit au coucher du soleil plusieurs milliers de personnes du côté indien et quelques centaines de l'autre. Dans une ambiance de match de basket-ball les militaires se lancent toutes sortes de défis rythmés par les slogans nationalistes scandés par la foule fanatique. Derrière le folklore de cette cérémonie se cache une autre vérité, celle des tensions au Cachemire entre ces deux communautés de même origine.

Amritsar

 
 Temple d'or, site sacré pour les sikhs

 
 
 

 "Khalsa", sorte de chevalier sikh qui dédie sa vie à la protection de la communauté et à l'éducation

 En route pour le Pakistan

 
 
 
 
 
 Relève de la garde à la frontière indo-pakistanaise

"L'Inde, plus grande démocratie du monde, vous souhaite la bienvenue"
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Photos du 26, 27 février 2012

24 au 26 février

Nous décidons de profiter de nos derniers jours en Inde pour découvrir le Penjab. Cette région, située au nord ouest de Delhi, est demeurée l'une des plus riches malgré son passé douloureux. En 1947, le bonheur de l'indépendance a été fortement contrasté par les massacres engendrés par la partition avec le Pakistan. Les plus affreuses exactions se sont déroulées au Penjab, territoire séparé par les anglais qui a vu s'affronter les communautés hindoues, sikhs et musulmanes. Dès notre entrée dans le train pour Chandigarh, une autre Inde s'offre à nous. Les wagons climatisés sont peuplés de la classe moyenne penjabi, les jeunes occidentalisés y côtoient les business-man internationaux. Honey, jeune sikh aux allures de népalais, nous héberge dans sa petite collocation. Cet étudiant en géographie, féru de montagnes, nous accueille comme des rois et nous introduit dans son cercle d'amis. Tous sauf lui, trop attaché aux sommets l'Himalaya, ont pour but d'émigrer un certain temps au Canada ou aux États-Unis. Dans cette grande famille, les mariages forcés n'ont pas leur place, l'épanouissement personnel est privilégié quitte à briser les coutumes obsolètes. 
 
Suite à la partition, en 1947, le premier ministre Nehru décide de faire construire une nouvelle capitale pour le Penjab, à l'image de son idéologie nationale. Après une première équipe d'architectes américains, le français Le Corbusier récupère le projet. La ville extrêmement planifiée est constituée de secteurs autonomes encadrés par des grands boulevards et bordés par de vastes parcs. Les bâtiments administratifs et municipaux sont signés de sa main, formes géométriques et béton, on se croirait à Firminy dans la Loire. Le résultat est impressionant : la circulation est fluide, les rues sont propres et les habitants aiment leur ville. Cependant, le béton et l'esthétique de ses bâtiments vieillissent mal.

Chandigarh


 Avec Amandeep, au festival de la rose

 
 

 
 
 
 

 Le Secrétariat

 L'Assemblée

 Symbole de Chandigarh, dessinée par Le Corbusier

 Honey, notre couchsurfeur

 Amandeep, son colocataire


Photos du 24, 25, 26 février 2012

Oiseaux de la vallée du Gange

 
Etourneau pie
Sturnus contra

 
 Jeunes vautours percnoptère
Neophron percnopterus

 Calao de Gingi
Ocyceros birostris

Cormoran à poitrine blanche
Phalacrocorax lucidus

11 au 23 février


Nous accueillons Jean-Louis et Christine, les parents de Mathieu, à la sortie de l'aéroport, à l'endroit même où notre aventure avait commencé 3 mois auparavant. Les petites déconvenues du voyages (changement de compagnie et non suivi des bagages) sont rapidement oubliées et laissent place aux premières surprises. Dans le taxi, de nombreux détails leur sautent aux yeux, autant de choses auxquelles nous nous sommes habituées. Nous nous sommes fixés un objectif : montrer les différents visages de l'Inde en essayant d'amortir le choc. La traversée du cœur du vieux Delhi annonce la couleur : les détritus et les ombres endormies sur les trottoirs ne sont plus simplement des mots inscrits dans notre blog mais bien une réalité. 
 
Après une courte nuit et un long briefing, nous nous jetons dans la gueule du tigre. Les 5 sens sont immédiatement submergés par la poussière, le bruit incessant, les odeurs fétides parfois mêlées à celles du curcuma, tous ces yeux noirs qui nous dévisagent, et la misère par dessus tout. Le choc est inévitable, il est viscéral. Nous nous revoyons en eux ; notre indifférence les surprend et la question se pose : cette adaptation a-t-elle laissée de côté une part d'humanité ou est-elle indispensable pour survivre dans de telles conditions ? Le premier visage de l'Inde que nous leur présentons est peut-être l'un des plus difficiles. Nous passons deux jours à leur montrer les principaux centres d'intérêt de la capitale. 
 
Chaque nouvelle destination leur est révélée au dernier par une charade. J'ai-pour. Confortablement installés dans la ville rose du Rajasthan, nous revisitons Jaipur et Amber avec autant de plaisir.

Fat-et-pour si-cri. Nous nous perdons dans les ruines de la plus belle ville fantôme de l'empire moghol, Fatehpur Sikri. Fondée au XVIe siècle par l'empereur Akbar, troisième de la dynastie des Grands moghols, cette cité de grès rouge combine à merveille les influences persanes, chrétiennes, musulmanes, turques, hindoue et même chinoise. Ce despote éclairé était très ouvert en matière de religion comme en témoigne son harem composé d'une musulmane turque, d'une hindoue et d'une chrétienne portugaise. 
 
Bas-rate-pour. Une halte au calme dans la nature s'impose. Nous partageons notre nouvelle passion des oiseaux dans la réserve naturelle de Bharatpur, l'une des plus riche en oiseaux migrateurs au monde. 
 
A-gras. Nous n'échappons pas à l'expérience du bus indien : saleté, puanteur, surpopulation mais ambiance bon-enfant. Agra est LA ville touristique par excellence. Derrière ses rues bondées, ses échoppes à arnaque et ses files interminables se dresse, majestueusement, un hymne à l'amour et à la mort, le Taj Mahal. Un peu plus loin, au bord de la Yamuna, le Fort Rouge édifié par l'empereur moghol Shah Jahan, offre une vue sur la tombe immaculée de son épouse, le mausolée le plus célèbre au monde.

Cajou-rat-eau. Le petit village de Khajuraho nous dévoile son trésor après une bonne nuit dans un train couchette. Ces temples hindous du Xe siècle, en forme de cheminé, sont incroyablement ouvragés. Sur chaque pan, des milliers de sculptures racontent des histoires, dépeignent des scènes de vie et vénèrent les grandes divinités du panthéon hindou. Les coquins que nous sommes s'attardent sur les sculptures érotiques nombreuses qui font la singularité du site.

Var-a-nazi. Le vol d'un sac pendant la nuit dans le train couchette nous oblige à nous rendre directement au poste de police. 4 heures plus tard nous en sortons enfin avec la déclaration de vol. Varanasi est la ville la plus sacrée de l'Inde. Plusieurs fois millénaires, elle s'enfonce dans le Gange dans l'effervescence des rituels religieux. Le matin, des milliers de pèlerins hindous descendent les ghâts pour se purifier de leurs pêchés dans l'eau sacrée du fleuve. Toute la journée sur les rives, les flammes des bûchers consument les cadavres sans relâche. Pour les hindous, mourir à Varanasi est un privilège car selon la mythologie, le dieu Shiva mettrait alors un terme au cycle de leur réincarnation. Le soir, tout le monde se rassemble pour le puja, la cérémonie des lumière orchestrée par des jeunes prêtres en l'honneur de la déesse Ganga. A toute heure de la journée règne ici une atmosphère à la fois mystique et déroutante pour nos représentations classiques de la vie et de la mort. En pénétrant dans le vieux quartier, on s'enfonce dans un dédale de ruelles plus bovines que piétonnes où l'activité principale est le commerce d'offrandes et de bondieuseries. 
 
Nous avons apprécié partager notre expérience de l'Inde pendant ces quelques jours bien remplis. Ce petit tour nous a aussi donné un nouvel élan, car dans 4 jours, nous nous envolons pour l'Asie du sud est.

Varanasi


Coiffeur préparant un membre de la famille du défunt à la cérémonie de crémation



 
 
 
"Puja", cérémonie d'offrande au Gange

 
 Ablutions


 
Ghâts

 
 
 Lavandières



 Préparation du jus de canne à sucre

 Préparation du "chai"


 Préparation du "paan", bétel à chiquer



Photos du 21, 22 février 2012